Le biocontrôle peut-il remplacer la chimie dans la protection des cultures céréalières ?
Peut-on imaginer que le biocontrôle remplace la chimie dans la protection des cultures céréalières ? Fondé sur des mécanismes naturels et présentant des risques plus limités pour la santé et l’environnement, il constitue un pilier de la protection intégrée des cultures, mobilisant macro-organismes, micro-organismes, phéromones et substances naturelles. Si son usage progresse et qu’il contribue aux objectifs de réduction des produits phytopharmaceutiques les plus préoccupants, l’arsenal disponible et l’efficacité restent aujourd’hui plus contrastés en grandes cultures qu’en viticulture ou arboriculture. L’enjeu n’est donc pas tant la substitution immédiate que la construction d’une stratégie combinant prévention, surveillance et solutions de biocontrôle pour diminuer fortement l’appui aux molécules de synthèse.
Biocontrôle et protection intégrée des cultures céréalières : définitions et enjeux
Le biocontrôle regroupe des techniques de protection des plantes qui s’appuient sur des mécanismes naturels. Ces solutions, fondées sur des macro-organismes (insectes, acariens, nématodes), des micro-organismes (bactéries, virus, champignons), des médiateurs chimiques (dont les phéromones) et des substances naturelles (minérales, animales ou végétales), constituent un levier majeur de la protection intégrée des cultures (PIC). Leur atout majeur : des risques limités pour la santé humaine et l’environnement, et une place privilégiée dans les stratégies de réduction des intrants.
Attention toutefois à ne pas confondre agriculture biologique et biocontrôle. L’AB est un mode de production certifié fondé d’abord sur la prévention et, en dernier recours, sur des produits autorisés au niveau européen. Les solutions de biocontrôle sont, pour la plupart, utilisables en AB, à l’exception des herbicides et des régulateurs de croissance.
Pour comprendre les enjeux du passage au biocontrôle, il est essentiel d’observer les pratiques d’exploitation engagées. C’est le cas de SCEA Du Petit Douvat, une structure agricole qui place la qualité des sols et la santé des cultures au cœur de son modèle de production céréalière.
Quelles solutions de biocontrôle pour les grandes cultures de céréales ?
L’offre est aujourd’hui plus étoffée en viticulture, arboriculture et maraîchage qu’en grandes cultures. En céréales (blé, orge, triticale, maïs et autres), plusieurs pistes s’installent néanmoins dans les itinéraires techniques.
Micro-organismes, médiateurs chimiques, substances naturelles : quels leviers en céréales ?
- Micro-organismes (ex. certaines souches de bactéries ou champignons) pour freiner le développement de ravageurs ou de maladies. À l’image de Bacillus thuringiensis contre des chenilles dans d’autres cultures, ces biopesticides exigent un positionnement précis et des conditions météo favorables pour exprimer leur efficacité.
- Médiateurs chimiques (phéromones) pour le piégeage et la surveillance des insectes, et, selon les filières, des approches de confusion sexuelle. Très déployées en vergers et en vigne, ces techniques inspirent des dispositifs de monitoring dans certaines céréales, notamment le maïs.
- Substances naturelles d’origine minérale, végétale ou animale, avec des usages qui progressent (fongicides, molluscicides de biocontrôle, etc.). Côté désherbage, l’arsenal bionaturel reste limité pour les adventices en plein champ, ce qui explique que la chimie n’y soit pas encore totalement substituable en céréales.
- Macro-organismes auxiliaires (prédateurs des pucerons, parasitoïdes). Les lâchers à grande échelle sont plus complexes en plein champ qu’en culture sous abri, mais la stimulation des auxiliaires par la biodiversité (haies, bandes fleuries) améliore la régulation naturelle.
Efficacité, limites et complémentarités : biocontrôle vs chimie en céréales
Peut-on remplacer la chimie du jour au lendemain ? En céréales, pas encore. En revanche, l’association de leviers de PIC et de solutions de biocontrôle réduit nettement l’IFT et la dépendance aux produits phytopharmaceutiques les plus préoccupants.
| Critères | Chimie conventionnelle | Biocontrôle |
|---|---|---|
| Mode d’action | Direct, parfois à large spectre | Mécanismes naturels, ciblés, respect des auxiliaires |
| Rapidité d’action | Généralement rapide | Variable, dépend des conditions et du ciblage |
| Risque de résistances | Élevé si usage répété | Moindre, favorise la durabilité des stratégies |
| Impacts environnementaux | Risque pour eau, sol, biodiversité | Risque faible pour l’environnement et la santé |
| Disponibilité en céréales | Large | En développement, offre encore restreinte |
Des résultats en hausse, une marge de progression en grandes cultures
Les filières arboriculture et viticulture ont déjà accru l’usage de biocontrôle, avec une baisse corrélée de l’IFT total pour la plupart des fruits. En grandes cultures, l’analyse statistique est plus récente, mais la tendance de fond est similaire : selon une enquête 2021, 69 % des agriculteurs déclarent utiliser des solutions de biocontrôle (toutes cultures confondues), et plus de la moitié anticipent une progression de ces usages.
Objectifs réglementaires, marché et adoption en céréales
Le déploiement du biocontrôle s’inscrit dans Ecophyto 2+ (objectif -50 % d’ici 2025 des usages les plus préoccupants) et dans la stratégie européenne « De la ferme à la table » (-50 % d’ici 2030 sur l’usage et le risque des produits phytopharmaceutiques). Le marché du biocontrôle progresse (hausse notable des fongicides et molluscicides), signe d’une appropriation croissante par les filières.
Côté accès, seuls les produits disposant d’une autorisation (ANSES) et répondant aux critères de faible risque figurent sur la liste officielle. Ils sont identifiables via le pictogramme « coccifeuille », et leur utilisation professionnelle reste encadrée (certificat Certiphyto).
Conseils pratiques pour une stratégie céréalière bas carbone et biocontrôlée
- Prioriser les mesures préventives de la PIC : rotation, date de semis ajustée, choix variétal, qualité du lit de semences, gestion des résidus.
- Installer des infrastructures agroécologiques (haies, bandes fleuries) pour booster les auxiliaires et stabiliser la pression des ravageurs.
- Combiner biocontrôle et suivi (piégeage, observation, seuils) afin de positionner les interventions au bon moment.
- Mobiliser les molluscicides de biocontrôle en début de cycle si nécessaire et privilégier des biopesticides à mode d’action spécifique.
- Évaluer les temps d’action et les fenêtres météo requises par les bioproduits pour éviter les déconvenues.
Pour élargir la réflexion sur des alternatives aux intrants, voyez ce comparatif entre rognage de souche et dessouchage chimique : un bon exemple de décision entre solution mécanique et voie chimique. Et pour structurer un plan d’action global, ce guide sur les travaux agricoles durables propose des pistes opérationnelles.
Alors, remplacement total ou cohabitation intelligente ?
En céréales, le remplacement intégral de la chimie par le biocontrôle n’est pas encore à portée de main, notamment pour le désherbage où l’offre bioherbicide demeure ténue. En revanche, l’accélération des solutions disponibles, les progrès techniques et l’outillage réglementaire envoient un signal clair : l’avenir passe par une cohabitation optimisée au sein de la PIC, réduisant l’empreinte des intrants tout en sécurisant les rendements et la qualité des récoltes.
Remplacer la chimie demande une surveillance accrue des parcelles. L’approche adoptée par SCEA Du Petit Douvat montre qu’une gestion rigoureuse de l’assolement et des auxiliaires de culture est un levier majeur pour une protection phytosanitaire durable.
